Entretien exclusif – Haute Couture Paris Printemps/Été 2026
Dans l’atmosphère feutrée du Musée national des arts asiatiques – Guimet, au cœur de Paris,
la créatrice syrienne Manal Ajaj n’a pas simplement présenté une collection. Elle a offert une
narration, une traversée intérieure. Sa collection “Woman of Light”, dévoilée lors de la
Fashion Week Haute Couture Printemps/Été 2026, s’est imposée comme un manifeste
artistique : celui d’une femme qui transforme la mémoire en lumière et la culture en
architecture textile.
Entre héritage oriental et rigueur européenne, Manal Ajaj construit une couture à la fois
symbolique et contemporaine. Rencontre avec une créatrice qui fait dialoguer le jasmin et la
lumière parisienne.
Paris est le temple de la Haute Couture. Que représente pour vous cette scène ?
Paris n’est pas seulement une capitale, c’est une exigence. Présenter ici signifie entrer en
conversation avec l’histoire, avec des codes établis depuis plus d’un siècle. C’est un honneur,
mais aussi une responsabilité : affirmer une voix singulière sans trahir l’excellence
Parisienne.
Votre collection “Woman of Light” semble profondément introspective. D’où vient
cette lumière ?
Elle vient de l’intérieur. J’ai voulu explorer la lumière comme un processus, pas comme un
effet visuel. C’est le passage de l’ombre à la conscience, de la fragilité à l’affirmation. Chaque
robe incarne une étape de cette transformation.

Pourquoi avoir pensé le défilé comme une narration plutôt qu’une succession de
silhouettes ?
Parce que la couture raconte. Les vingt-sept robes formaient une progression émotionnelle.
Je voulais que le public ressente une évolution, presque une respiration collective, et non
une simple admiration esthétique.
Le Musée Guimet est un lieu chargé de symboles. Était-ce un choix conceptuel ?
Absolument. Le musée incarne le dialogue entre civilisations asiatiques et occidentales. Mon
travail repose précisément sur cette passerelle culturelle. Le lieu devenait alors un
prolongement naturel de la collection.
Votre défilé “Alphabet of Jasmine” à Berlin en 2015 a marqué votre parcours. En quoi
fut-il déterminant ?
Berlin m’a appris que le symbole culturel peut devenir universel s’il est exprimé avec
subtilité. Le jasmin, au-delà d’une fleur, est devenu un langage, une mémoire partagée.
Le jasmin est-il devenu votre signature ?
Oui, mais pas comme un motif répétitif. Il est une trace narrative. Il évoque une ville, une
émotion collective, une identité. Il revient comme un fil invisible reliant mes collections.
Comment définissez-vous l’équilibre entre Orient et Europe dans votre travail ?
L’Orient m’offre la sensibilité, la symbolique, la poésie. L’Europe m’apporte la structure, la
précision architecturale. Mon travail naît de leur tension harmonieuse.
Les matières jouent un rôle central dans “Woman of Light”. Pourquoi ce choix
minutieux ?
Les tissus — crêpe, mousseline, dentelle, taffetas — ont été choisis pour leur capacité à
dialoguer avec la lumière. Je travaille la matière comme une surface vivante, capable de
capter l’émotion.

La progression chromatique est particulièrement marquée. Était-ce intentionnel ?
Totalement. Les tons sombres traduisent l’introspection. Les nuances dorées et nacrées
incarnent l’éveil. La robe blanche finale symbolise l’aboutissement : l’acceptation de soi.
Votre rôle académique influence-t-il votre vision créative ?
L’enseignement m’oblige à analyser et conceptualiser. Cela renforce la cohérence
intellectuelle de mes collections. La créativité gagne en profondeur lorsqu’elle est
Structurée.

Comment percevez-vous aujourd’hui la place des créateurs arabes sur la scène
internationale ?
L’authenticité culturelle est devenue une force. Les créateurs arabes participent activement
au dialogue global, non plus comme une singularité exotique, mais comme une voix légitime.
Après Paris, quelle est la prochaine étape ?
Consolider une présence internationale durable, tout en construisant un héritage artistique
qui dépasse les saisons.
Si vous deviez résumer “Woman of Light” en une phrase ?
C’est l’histoire d’une femme qui ne cherche pas la lumière — elle la devient.
